La ville de demain avance
Le choix de Paris pour l'organisation de la 20ème conférence annuelle de l'organisation européenne Polis, un réseau de villes et de régions européennes pour des transports innovants, n'est pas un hasard. La ville de Paris a compris les enjeux prônés depuis longtemps par cette assemblée de villes.
Voir loin pour des choix justes et performants, semble être le leitmotiv d'une conférence qui a rassemblé les 9 et 10 novembre dernier près de 300 représentants de collectivités locales de 21 pays européens et de participants à la concertation du Plan de Déplacements de Paris (PDP). Ouverte par Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris chargé des transports, de la circulation, du stationnement et de la voirie, la conférence a réuni plus de 35 intervenants de haut niveau dans des tables rondes donnant lieu à de riches échanges avec un public averti.
Un premier constat se dégage. Pour les grandes villes et les régions, les mêmes questions se posent :
L'automobile s'est fortement développée. Aujourd'hui, on touche aux limites de son utilisation qui provoque pollutions, encombrements, nuisances sonores et accidents corporels.
Des chiffres impressionnants nous interpellent : la Commission européenne évalue à 350 000 le nombre de décès anticipés associés à une trop forte concentration de particules fines dans l'air que l'on respire dans les villes européennes. Il s'y ajoute ceux occasionnés par le dérèglement climatique (15 000 morts liés à la canicule de l'été 2003 en France) et les cyclones de plus en plus violents. De plus l'augmentation du prix du pétrole pèse lourdement sur nos budgets.
Toutes les villes présentes se sont engagées dans le développement des alternatives à la voiture individuelle pour les déplacements. Elles souhaitent que l'Union Européenne s'engage dans des objectifs plus ambitieux de réduction de la pollution, en particulier de particules fines ou encore pour la mise en place d'un étiquetage obligatoire des véhicules selon le niveau de leurs émissions de polluants.
Des vélos plutôt que des autos

© Call a bike
À l'échéance 2010, la ville de Berlin met en avant deux priorités. L'amélioration des infrastructures des transports collectifs et de l'intermodalité : des transports en commun associés à l'utilisation des vélos, ont un avenir prometteur. Le service Call-a-bike est développé par la Deutsche Bahn dans plusieurs grandes villes allemandes, Berlin mais aussi Munich, Cologne et Francfort. Au total, Call-a-bike dispose d'environ 5 000 vélos répartis dans ces 4 villes, soit 1 000 à 1 500 vélos par site. Originalité du système, chaque vélo est laissé par son utilisateur à un angle de rue qu'il doit localiser au retour. La Deutche Bahn revendique 20 000 utilisateurs réguliers de cette offre.
Du stationnement à la circulation
A Barcelone une « zone verte » a été créée où le stationnement résidentiel est maintenu, mais celui des voitures de passage est pénalisé par des tarifs dissuasifs. Ainsi, depuis mai 2005, 40 000 places gratuites sont devenues payantes. Le but à terme est de réduire de 5 à 10 % le nombre de véhicules stationnés.
Comme 230 000 deux-roues motorisés circulent dans la capitale catalane, des actions de sensibilisation et des contrôles réguliers de bruits et de pollution sont organisés sur ces véhicules. Les élus et techniciens pensent également que pour fluidifier le réseau secondaire de voirie, il convient de faire circuler 70% des véhicules sur 20% des voies.
Optimiser les livraisons

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Disque Barcelone
Dans les carrefours à pans coupés, la ville de Barcelone réserve deux des quatre pans aux seules livraisons de marchandises avec une durée limitée à 30 mn contrôlée à l'aide d'un disque horaire. Le disque est distribué à tous les opérateurs possesseurs de véhicules commerciaux. A ce jour, 4 500 places sont aménagées. 40 agents d'une brigade spéciale assurent le contrôle de ce système.

© Cargotram de Dresde
Depuis 5 ans, la DVB, le gestionnaire du réseau de transports en commun de la Ville de Dresde (Allemagne), transporte des marchandises par tramway. Chaque jour ouvré, toutes les 40 minutes, de 6 h à 22 h, une rame de Cargotram apporte 60 tonnes de pièces détachées automobiles, soit 214 m3 ou l'équivalent de 3 camions, entre la zone logistique ferroviaire de Dresde jusqu'aux chaînes de montage de l'usine Volkswagen située dans le centre de la ville. C'est l'équivalent de 65 camions par jour. A Bruxelles, les livraisons de marchandises sont réglementées avec des parcours obligés et l'interdiction d'accès pour les semi-remorques.
Le public pour allié
La Région de Bruxelles Capitale organise depuis plusieurs années, dans le cadre de la semaine de la mobilité, un « dimanche sans voiture », en collaboration avec les 19 communes bruxelloises. Lors de la dernière édition en septembre 2005, un vaste territoire compris à l'intérieur du périphérique a été fermé à la circulation de transit et de proximité, y compris pour les résidents (environ un million d'habitants). L'objectif est de donner l'envie d'utiliser les modes de circulation doux (vélo, roller, marche,…) tout en renforçant l'offre de transport public avec la gratuité d'accès, durant cette journée, aux métros, bus, trams et trains. De nombreuses animations sont organisées y compris des débats publics…
Pour arriver à ses fins et optimiser davantage ses transports publics, la ville de Bruxelles va dynamiser la circulation des tramways, en développant les sites propres qui concerneront 90 % du réseau au lieu de 40 % aujourd'hui, et celle des bus pour 40 % des voies contre seulement 9% actuellement. Parmi les mesures originales, des taxis collectifs prendront, à certaines heures, le relais des bus. Des facilités pour inciter à l'utilisation des transports collectifs sont également offertes aux fonctionnaires, aux personnes âgées et à tous ceux qui s'engagent à ne plus posséder de voiture : chaque automobiliste qui renonce à sa voiture et rend sa plaque d'immatriculation se voit offrir un abonnement aux transports en commun pendant 5 ans.
Une vision différente de la ville

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Point d'accès à la ZTL de Rome
Peu de villes ont expérimenté le péage urbain. Il est en vigueur à Londres depuis février 2003.
Le centre de l'agglomération londonienne (21 km² soit 7% du territoire du Grand Londres , 80 000 habitants et de très nombreux employés), est concerné par ce péage dont le coût a été récemment augmenté à 12 euros (8 livres sterling) par jour. La lecture automatique des plaques par un réseau de caméras permet un recouvrement facile de cette taxe contre la congestion du centre. Ce système a été mis en place par la structure qui gère les transports en commun pour rattraper le retard de financement des transports collectifs. À Rome , une zone à trafic limité (ZTL) a été instaurée et concerne l'hyper centre de l'agglomération romaine. Cette zone de 5 km, 42 000 habitants, 12 ministères et de nombreux bureaux est devenue un espace à circulation limitée. L'autorisation d'accès est facturée, mais une gratuité est accordée aux résidents. Naturellement les professionnels, les transporteurs, les deux-roues et les personnes à mobilité réduite peuvent aussi y circuler librement.
La mise en place de ces politiques se fait en concertation avec la population Toutefois comme le dit Pascal Smet, l'un des intervenants, ministre de la mobilité de la région Bruxelles Capitale « L'intérêt général n'est pas une association de toutes les opinions individuelles » …








